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Déploiement de la vaccination : trois façons dont l'UE pourrait empêcher la création d'une société à deux vitesses

La façon dont le vaccin est distribué risque de renforcer les inégalités existantes dans nos sociétés, et ce de de trois manières.

par Israel Butler
Flickr / laurabl

Les gouvernements travaillent actuellement sur leur stratégie de vaccination en vue de protéger leurs citoyens face à la Covid-19. En Europe, la plupart des pays ont indiqué que la vaccination ne serait pas obligatoire. Mais dans certains pays comme la France, la Suisse ou le Royaume-Uni, les élus et entreprises ont évoqué la possibilité de restreindre l'accès à certains lieux aux personnes n'ayant pas été vaccinées. Les gouvernements ne devraient pas commencer à exiger une sorte de "passeport vaccinal" pour que l'on puisse se rendre librement dans les bars, les cinémas ou les salles de concert. Nous verrions alors la création d'une société à deux vitesses : les personnes privilégiées et vaccinées, jouissant de leurs libertés, et les personnes non vaccinées, exclues de la vie sociale. Cela, parce que la façon dont le vaccin est distribué risque fort de renforcer les inégalités déjà existantes dans nos sociétés, et ce de trois façons.

Un accès inégal à la vaccination

Tout d'abord, les gouvernements ont beau vouloir à tout prix déployer le vaccin, il est probable que certains groupes de la société ne le recevront pas aussi rapidement que d'autres. Les personnes au niveau d'instruction/formation et d'initiation aux médias plus faibles sont susceptibles d'être davantage sensibles aux théories complotistes et aux fausses informations, ce qui peut les rendre méfiants vis-à-vis du vaccin. Les personnes vivant dans les zones rurales et les régions les plus pauvres, où les services de santé sont plus éloignés et moins bien équipés, doivent aussi attendre plus longtemps que ceux qui vivent dans centres urbains et zones plus affluentes.

De plus, les autorités nationales pourraient rendre l'accès au vaccin plus difficile pour certaines catégories de personnes. C'est par exemple le cas en Israël, où le gouvernement est critiqué pour ne pas avoir garanti un accès égal au vaccin aux palestiniens qui vivent dans les territoires occupés. Bien que de telles politiques ne semblent pas encore exister au sein de l'UE, des études montrent déjà que certains groupes comme personnes LGBTQI, les Roms ou encore les migrants sans papiers font face à des discriminations dans l'accès à la santé de manière générale. Soit parce qu'ils vivent loin des centres de soins, soit parce qu'ils n'ont pas d'assurance santé ou les bons documents pour accéder à ces services. Et parfois ils souffrent également de préjugés de la part des personnels soignants.

Enfin, la corruption et le favoritsme politique verront certaines personnes se faire servir avant les autres. Par exemple, en Espagne, certaines autorités locales auraient, selon les médias, donné la priorité de l'accès au vaccin à des membres des familles des fonctionnaires et à des prêtres. De la même façon, en Pologne, certains politiques et célébrités ont pu se faire vaccinés au cours d'une phase où seuls les personnels soignants le pouvaient en théorie.

Le passeport vaccinal pourrait donc devenir un "passeport de privilèges" accentuant encore les divisions entre ceux qui ont une position confortable dans la société et ceux qui sont aux marges. Bien les pouvoirs de l'UE en matière de politique sanitaire sont limités, celle-ci pourrait faire trois choses afin de limiter le risque de renforcement des inégalités.

Ce que l'UE pourrait faire

Premièrement, la Commission peut promouvoir un accès équitable au vaccin et ce de plusieurs façons : en garantissant suffisamment de doses afin que tout le monde y ait accès dans l'UE, en publiant des documents d'orientation à destination des gouvernements sur la façon dont les gouvernements peuvent rendre le vaccin le plus accessible possible, en investissant dans des campagnes de sensibilisation et d'éducation en vue d'informer le public et l'inciter à se faire vacciner.

Deuxièmement, la Commission pourrait engager des procédures contre les pays qui distribuent leurs vaccins de manière discriminatoire. Le principe de non-discrimination (fondée sur l'origine ethnique par exemple) est inscrit dans le droit européen en matière d'accès et approvisionnement des biens et services, dont l'accès à la santé. La Commission pourrait poursuivre en justice les gouvernements s'il est avéré que des autorités discriminent certains groupes dans l'accès au vaccin. La Commission peut aussi obliger les gouvernements à prouver que les projets visant à soutenir les services de santé et financés par des fonds de cohésion de l'UE ou par le plan de relance de l'UE n'incluent pas de discriminations à l'égard de certains groupes (c'est par exemple le cas si un gouvernement souhaite utiliser ces fonds afin de déployer le vaccin dans des zones où vit la majorité ethnique de la population au détriment d'autres zones peuplées par des minorités ethniques).

Troisièmement, la Commission peut aussi engager des procédures si les gouvernements décidaient d'exiger la vaccination obligatoire pour voyager d'un pays de l'UE à l'autre. Bien que les gouvernements soient autorités à limiter la libre circulation pour des raisons de santé publique, la simple présentation d'un test négatif semble être une façon bien moins intrusive d'atteindre le même objectif.

De nombreux exemples montrent à quel point les groupes minoritaires et moins affluents ont été davantage affectés par la pandémie que le reste de la population nationale. La Commission doit s'assurer que l'accès au vaccin est à la guérison est équitable.