#MeAndMyRights : Si la surveillance de masse et le profilage racial sont si mauvais, que faudrait-il faire à la place?

Parfois, nous autres activistes des droits humains, nous sommes taxé.es d'être trop négatifs vis-à-vis des activités des gouvernements et de ne pas proposer des solutions aux problèmes que nous pointons. Alors en voilà, des solutions.

Comme nous l'avons vu dans notre précédent article, lors des récentes attaques terroristes, les autorités ont eu tendance à déjà connaître quelques-uns des auteurs de ces crimes. Ils étaient soient connus des services de sécurités pour avoir été impliqués dans des cas d'extrémisme violent, ou connus de la police pour des activités criminelles ou d'autres institutions publiques pour des problèmes liés à la santé mentale. Cela laisse penser que les services de sécurité perdent leur temps et ressources lorsqu'ils recueillent massivement les données du grand public. Les services de sécurité feraient mieux d'accorder plus de moyens au suivi des personnes suspectées et à l'amélioration de leur partage d'informations avec les services d'autres pays. Le gouvernement devrait également changer la façon dont le système carcéral est organisé afin que les personnes condamnées pour un crime ne radicalisent pas en prison. Les services de santé psychiatrique pourraient être améliorés pour offrir les soins adéquats. Et la façon dont différents organes gouvernementaux partagent les informations entre eux devrait être aussi améliorée afin que les services de sécurité puissent réagir dès la présence de signes avant-coureurs.

En outre, les services de sécurité peuvent changer la manière dont ils surveillent. Les études montrent que la source majeure de renseignements (en ce qui concerne le terrorisme et le crime en général) reste les informations provenant du public. En effet, le fait que la police n'ait pas été en mesure d'empêcher les attentas de 2015 en France et en Belgique était en partie dû au fait que la police n'avait aucun contact avec (et donc aucune information) avec les communautés locales. Les résultats des enquêtes montrent que le gouvernement devrait adopter un modèle de police de proximité s'appuyant sur la confiance mutuelle et le partenariat entre policier.es et locaux. Cela amène la communauté et les forces de l'ordre à échanger des informations de manière naturelle et qui peuvent entraîner à mettre fin aux problèmes. Cependant, ce type de police doit s'appliquer à toute la population et pas seulement aux minorités et qui doit viser à générer une véritable confiance, et non à recruter des espion.nes. Cela, au contraire, aggraverait la situation et générerait plus de mépris et de méfiance entre les groupes minoritaires et les autorités.

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Bien sûr, vous pouvez toujours objecté qu'il y a bien trop de personnes suspectées de liens avec le terrorisme pour que les services de sécurité puisse les surveiller tous. Augmenter les moyens de la surveillance ciblée peut constituer une aide, mais cela ne serait sans doute pas suffisant. Si cela est vrai, alors les gouvernements devraient aussi chercher à savoir pourquoi et comment des individus deviennent vulnérables à la radicalisation et à l'extrémisme violent. Les chercheur.euses s'accordent à dire que le radicalisation est un processus qui se décompose en plusieurs phases.

La première, c'est la colère face à l'injustice qui mène un individu à remettre en question l'ordre social, économique, politique juridique existant. Cela peut venir d'une expérience de discrimination personnelle (se voir refuser un emploi ou se faire contrôler à cause de son appartenance ethnique), ou du fait que vous voyez votre communauté affectée dans votre pays (dans les domaines de l'emploi, du logement, de l'éducation, etc.) et à l'étranger (en particulier quand les gouvernements occidentaux collaborent avec des régimes dictatoriaux répressifs ou interviennent dans des conflits, comme c'est le cas au Moyen-Orient).

Ensuite, un crise d'identité ou de finalité : parfois les individus sont déchirés entre leur identité nationale et leur identité religieuse ou ethnique. Cette crise est plus à même d'être vécue quand les individus sentent qu'ils n'ont pas de rôle à jouer dans la société (quand ils n'occupent pas d'emploi, par exemple, où qu'ils souffrent d'un manque de formation ou de discriminations exercées par la population ou les autorités).

La troisième phase, c'est lorsque les deux premiers facteurs créent une "ouverture cognitive" qui rend les individus réceptifs à un nouveau discours radicalisant. C'est lors de cette phase que l'individu cherche des réponse pour expliquer l'injustice et l'exclusion qu'il ou elle vit. Et c'est à ce moment précis qu'un.e recruteur.trice ou mentor est à même d'employer une argumentation toute prête et bien structurée, fondée sur des interprétations déformées et sélectives de textes sacrés en vue de présenter le monde comme étant basé sur un conflit entre l'Islam et la judéo-chrétienté.

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La quatrième et dernière phase tend à se produire quand les individus rejoignent un réseau ou groupe où la radicalisation se concrétise, généralement sous la supervision d'un mentor ou recruteur. Il semble que cela puisse aussi se produire sur le Net lorsqu'un un individu s'expose à du contenu qui lui permet de s' "auto-radicaliser". À cette étape, les individus abandonnent leurs taboos (tuer des innocents) afin de justifier tout futur acte de violence.

Bien que certains gouvernements se disent essayer d'empêcher la radicalisation et l'extrémisme violent, ils tendent uniquement à se concentrer sur les dernières phases, par exemple en essayant d'arrêter la propagation de contenus endoctrinants sur le web. En d'autres termes, les gouvernements essayent d'empêcher les recruteurs d'exploiter l' "ouverture cognitive" de l'individu. Mais en vue d'empêcher les individus à se radicaliser, ils doivent espionner des communautés entières, ce qui, en soi, créer du mépris, une aliénation et de la méfiance (des facteurs qui contribuent en fait à créer un environnement propice à la radicalisation).

Plutôt que de faire cela, le gouvernements, pourraient traiter les problèmes plus profonds qui créent la marginalisation et l'exclusion. Et tout cela implique que les autorités respectent leurs obligations en matière de droits humains : promouvoir l'égalité raciale, sanctionner la discrimination et le crime, améliorer l'accès à l'éducation et au logement (non ségrégué), mais aussi respecter leurs obligations en matière de droits humains dans les pays étrangers. Cela réduirait les probabilités de vulnérabilité face à la radicalisation.

Cela ne signifie pas que la radicalisation serait vaincue : il y aura toujours des individus qui peuvent être convaincu.es de commettre des actes violents. Mais en appliquant les normes et principes des droits humains, les gouvernements auraient sans doute un impact sur le flux des nouvelles recrues, et les services de sécurité en renseignement verraient sans doute leurs missions plus réalisables.

C'est le dernier article de la série #MeAndMyRights. Maintenant vous savez que la surveillance de masse et le profilage ethnique ne constituent pas des solutions dans la lutte contre le terrorisme. Nous espérons que vous pourrez aider vos ami.es et proches à comprendre que le respect des obligations de l'État en matière de droits humains constitue la meilleure façon de créer un environnement sûr pour le public.

Si vous souhaitez plus d'informations sur ce sujet ou si vous voulez consulter les études et données auxquelles nous nous référons, jetez un coup d'oeil à notre rapport complet "La sécurité à travers les droits de l'homme", ici.