Le Comité Helsinki de Bulgarie sous la pression du parti d'extrême droite de la coalition gouvernementale

La tentative visant à dissoudre la plus grand ONG de défense des droits humains de Bulgarie constitue l'attaque la plus importante contre la société civile (et contre les valeurs européennes) perpétrée par un gouvernement d'un pays de l'UE.

Déformer les faits, arroser les médias de fausses informations, adopter des réglementations douteuses afin de bloquer leur travail : c'est la grande stratégie des populistes dont le but ultime est de discréditer la société civile.

Et cela est criant en Bulgarie. Le parti VMRO (le Mouvement national de Bulgarie) du gouvernement de coalition essaie à présent de dissoudre la plus grande et prestigieuses ONG du pays, le Comité Helsinki (CHB) de Bulgarie, ONG membre de notre réseau Liberties. C'est le dernier exemple très préoccupant d'un gouvernement européen qui tente de réduire au silence les voix critiques des ONG.

À l'heure de la politique et de la propagande

Le parti VMRO, mené par le vice-Premier ministre Krasimir Karakachanov, considère que le CHB et d'autres organisations de la société civile représentent une gêne inutile pour le gouvernement et une insulte à la nation. Mais ses actuels efforts menés en vue de se débarrasser du BHC semblent être, tout au moins, une campagne de publicité visant à détourner l'attention des médias sur l'affaire Paul "Jock" Palfreeman.

Palfreeman, citoyen australien, a été condamné en 2009 pour le meurtre d'un étudiant bulgare commis deux années auparavant. Il avait reçu une peine d'emprisonnement de 20 ans, bien qu'il ait toujours clamé son innocence. Le CHB lui avait fourni une assistance juridique, d'abord dans sa tentative de sécuriser un transfert juridique vers l'Australie afin qu'il purge sa peine dans son pays, et par la suite, pour sécuriser sa liberté conditionnelle en Bulgarie.

Le 19 septembre, le collège composé de trois juges de la Cour d'appel de Sofia a accordé la liberté conditionnelle à Palfreeman. La décision a alors déclenché de vives réactions de la part des nationalistes et de l'extrême droite, le parti VMRO étant le plus virulent pour condamner ce verdict. Et à présent, comme on pouvait s'y attendre, le parti cherche à capitaliser de l'attention médiatique en s'en prenant à l'organisation qui a aidé à obtenir la liberté conditionnelle de l'accusé.

Le procureur général de Bulgarie a annoncé le 8 octobre qu'il n'engagera pas de procédure de radiation du CHB. Une victoire de bien courte durée. Presqu'immédiatement après cela, le VMRO a indiqué qu'il porterait ses demandes directement auprès des tribunaux (ce qui est possible en vertu du droit bulgare). Les menaces constantes visant le CHB ont provoqué une indignation sur la scène internationale et 110 ONG on décidé de déclarer leur soutien et solidarité avec le CHB.

Les attaques visant l'ONG peuvent avoir de sinistres conséquences

Ce n'est pas la première fois que le VMRO s'en prend au CHB, et tente de le faire taire. En 2014, le parti avait écrit à l'Agence nationale de collecte des recettes, lui demandant de mener une inspection de l'ONG. Le contrôle en question n'avait permis de révéler aucune irrégularité. En 2016, le même VMRO avait demandé au procureur général d'inculper le directeur du CHB, Krassimir Kanev, pour "sabotage". Selon le parti d'extrême droite, le "sabotage" en question provenait du fait que le directeur de l'ONG avait appelé à renforcer les droits de la communauté LGBT dans le pays, rien d'autre. Le procureur avait décliné cette demande.

Même si les efforts actuels de ce parti n'aboutissent pas, ils causent tout de même des dégâts. Chaque attaque publique visant la société civile et ses organisations renforce les fausses accusations contre ces organisations. Et chaque attaque propage chez le grand public une méfiance envers ces dernières. Cela peut bien entendu avoir de sinistre conséquences, donc des violences physiques contre les activistes des droits humains, comme celles dont a été victime Kanev en 2016.

L'UE a été fondée sur les mêmes valeurs que les organisations de la société civile s'évertuent de protéger et promouvoir au quotidien : la démocratie, l'état de droit, les droits fondamentaux, l'égalité. Et pourtant, alors qu'actuellement ces valeurs sont de plus en plus menacées de l'intérieur, l'UE n'en fait pas assez pour les défendre. Le nouveau Fonds des valeurs de l'UE, qui permettra de soutenir le travail des ONG qui travaillent à l'intérieur de l'UE, doit prévoir des financements adéquats et donner les moyens aux organisations de protéger les valeurs européennes.

À Liberties, nous espérons que le bon sens viendra à bout des manipulations politiques, et que les citoyen.ne.s comprendront que l'interdiction ou la dissolution d'une ONG de défense des droits prestigieuse dans un pays membre ne représente pas seulement une attaque inacceptable contre ce groupe, mais aussi une attaque contre nos valeurs européennes.

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