Démocratie et justice

"Au-delà du virus" : le rapport annuel d'Antigone sur les conditions de détention

Antigone présente son dix-septième rapport annuel, intitulé "Oltre il virus" (au-delà du virus). Le rapport se base sur les observations directes de l'Observatoire d'Antigone sur les conditions de détention.

par Federica Brioschi
Annual report

La Covid montre que la surpopulation carcérale est un problème de santé publique

À la date du 28 février 2021, on comptait 53 697 personnes détenues en Italie. Il y a exactement un an, 61 230 personnes étaient incarcérées dans le pays. En une année, la population carcérale a diminué de 12,3%, ce qui représente une baisse de 7 533 personnes détenues. Des chiffres aussi bas n'avaient pas été observés depuis l'année 2015.

Même avec cette diminution de la population carcérale, le taux d'occupation dans les prisons italiennes est de 106,2%. Et ce chiffre n'inclut pas les 4 000 places qui sont temporairement indisponibles, ce qui porte le taux d'occupation à 115%. Selon l'Observatoire d'Antigone, dans 22,7% des 44 prisons visitées en 2020, le nombre de mètres carrés par personne détenue est inférieur à 3.

Prisons et démographie

Au 31 janvier 2020, 17 291 personnes étrangères étaient détenues en Italie, représentant 32,5% de la population carcérale du pays. Ce chiffre est plus ou moins stable ces dernières années. Parmi les détenus non italiens, 18,1% étaient en attente de leur premier jugement, alors que ce chiffre est de 15,4% pour les détenus italiens. La plupart des détenus italiens viennent des régions les plus pauvres du pays.

2 250 femmes étaient en détention à la fin du mois de janvier, représentant un part stable de 4,2% de la population carcérale du pays. Parmi elles, 26 femmes sont détenues avec un enfant âgé de moins de trois ans. Elles étaient 57 il y a un an. En janvier 2021, 281 mineurs étaient détenus dans 17 prisons pour mineurs dans le pays. On en comptait 374 l'an passé.

Le suicide et l'automutilation

L'an passé, 61 personnes se sont suicidées dans les prisons italiennes, ce qui représente 11 suicides pour 10 000 détenus. C'est le taux le plus élevé enregistré au cours de ces 20 dernières années. L'Observatoire d'Antigone a enregistré 23,8 cas d'auto-mutilation pour 100 personnes détenues. De nombreux cas d'automutilation se produisent dans les prisons surpeuplées (avec un taux d'occupation avoisinant les 120%).

Les effets du coronavirus en prison

Au 1er mars 2021, 410 prisonniers, 562 agents pénitentiaires et 49 membres de l'administration avaient été testés positifs au coronavirus. Depuis le début de la pandémie, 18 personnes détenus et 10 agents pénitentiaires sont morts de la Covid-19. Le nombre de tests positifs pour 10 000 personnes est nettement supérieur à celui de la population globale. En février 2021, ce taux était de 91,1 pour 10 000 personnes détenues, et de 68,3 pour 10 000 dans la population globale.

La pandémie a entraîné des évolutions positives dans le domaine des technologies. Alors qu'avant la pandémie, seules quelques prisons offraient des visites familiales par vidéo, 95,5% des centres pénitentiaires visités permettent de recourir à cette option. L'utilisation généralisée de la technologie a été introduite suite au premier confinement de mars 2020. Dans quelques cas, la technologie a également été utilisée pour mener des activités éducatives, bien que dans la plupart des cas cela n'était pas possible en raison du manque d'équipement.

Les alternatives à la prison

Au 15 février 2021, 61 589 personnes (dont 6 961 femmes) purgent des peines sans emprisonnement. 18 936 personnes purgent des peines avec sursis. Malheureusement, les mesures alternatives ne semblent pas avoir contribué à réduire le nombre de personnes détenues en Italie. En réalité, le nombre de personnes sous la main de la justice a augmenté, étant donné que la population carcérale actuelle est au même niveau qu'en 2015, et qu'à l'époque moins de personnes purgeaient des peines de prison alternatives.

Vous pouvez télécharger le rapport complet ici.