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Affaire du Plan Condor : 8 condamnations à perpétuité et 19 acquittements

Le 8 octobre, s'est tenue la première véritable audience en appel de l'affaire du Plan Condor. De nouveaux documents sur cette vaste campagne d'assassinats menée par les anciennes dictatures sud-américaines, soutenues par les États-Unis, ont été révélés.

par Roberta Martucci Schiavi

Des peines historiques prononcées

Huit personnes ont reçu des peines à perpétuité et 19 ont été acquittés dans le cadre du jugement de l'affaire du Plan Condor, en Italie. Ce procès s'est tenu pour établir la responsabilité dans les assassinats et disparitions forcées de 43 personnes entre les années 1970 et 1980. 23 personnes parmi les victimes étaient des citoyens italiens, qui ont disparu dans le cadre l'opération Condor, une campagne multinationale d'assassinats organisée par les services secrets des régimes dictatoriaux du Chili, Paraguay, Uruguay, Brésil, de l'Argentine et de la Bolivie. L'opération visait avant tout à neutraliser certains individus.

Les condamnations en première instance ont été prononcées en juillet 2017, après près de 20 ans de recherches et analyses comparatives des sources d'informations et des multiples preuves, et deux années de débat. Pour la première fois, la justice reconnaissait en Europe la culpabilité des dirigeants politiques et militaires de cette opération criminelle. Cependant, les acquittements ont eu un très grand impact, surtout pour les familles des victimes qui réclament justice depuis des années.

D'autres audiences en appel sont à venir

La défense des accusés condamnés, le Bureau du procureur public de Rome et les avocats des familles des victimes, ont demandé un appel pour établir la culpabilité des prévenus qui se sont vus acquittés.

Un seul des accusés est apparu devant la cour pour le procès, l'ancien chef du S2, les services secrets de la Marine uruguayenne, Jorge Néstor Tróccoli Fernández, qui est un citoyen uruguayen résidant en Italie.

Le procès en appel a officiellement commencé le 12 avril dernier. Au cours de l'audience, de nouveaux documents ont été fournis par le camp de la défense. Certains provenaient des archives de la FUSNA (Corpo de Fucileros Navales de l'Uruguay), dont faisait aussi parti M. Tróccoli. Au sein de la Fusna, une pièce baptisée "la Computadora" était réservée aux prisonniers qui collaboraient. C'est là qu'étaient confectionnées des cartes sur ces prisonniers et des données et organigrammes sur les groupes subversifs. Les autres documents proviennent quant à eux de l'ESMA, une école de l'armée argentine (Escuela Mecánica de la Armada of Argentina), connue comme l'un des plus grands établissements de détention et torture sous la junte militaire de Videla. Plus de 5000 "desaparecidos" (disparus) sont passés par cette prison.

La prochaine audience est repoussée en raison d'erreurs

Sur la base de ces documents, une nouvelle enquête sera demandée lors de la prochaine audience le 7 novembre 2018. De nouveaux témoins pourront sans doute être entendu.es et de nouvelle preuves seront présentées. Le report de cette date a néanmoins été motivé des formalités liées à des erreurs de notification. Une position concernant Pedro Octavio Espinoza Bravo, numéro deux de la Dirección de inteligencia nacional du Chili (la Dina), dont le nom est directement lié à la "Caravane de la mort", qui est déjà détenu au Chili, a été retirée. Il a aussi été déclaré qu'il n'était pas nécessaire de poursuivre deux accusés qui avaient déjà été condamnés à perpétuité en première instance : García Meza Tejada, président de Bolivie entre 1980 et 1981, condamné dans son pays à 30 ans de prison pour génocide, et Richter Prada, premier ministre du Péru de 1979 à 1980.

Après l'audience du 7 novembre, le procès se poursuivra les 12 novembre et 21 décembre 2018.