Technologies et droits

En Suède, Civil Rights Defenders fait appel de la décision d'autoriser les manifestations néo-nazies

En tant que représentant juridique de la congrégation juive de Gothenburg, en Suède, l'ONG Civil Rights Defenders, membre de Liberties, a fait appel de la décision d'autoriser les manifestations néo-nazies de septembre.

par Civil Rights Defenders
Members of the neo-Nazi organisation Nordic Resistance Movement during a previous demonstration, in Stockholm. (Image: Peter Isotalo)

La manifestation organisée par le Mouvement de la résistance nordique (MRN), prévue le 30 septembre, coïncide avec la plus grande célébration juive de l'année : Yom Kippur : le jour de la rédemption, où un grand nombre de pratiquants juifs se rendent au centre de la ville et visitent la Synagogue.

Le droit de manifester n'est pas "illimité"

Nous pensons que la décision de la police d'autoriser la manifestation doit être modifiée : celle-ci doit se tenir un autre jour et suivre un autre parcours, afin que les manifestants néo-nazis ne défilent pas à proximité des synagogues de la congrégation juive et d'autres lieux centraux tels que Drottningtorget, Stora Nygatan ou Östra Larmgatan. En raison des risques élevés de violence et troubles à l'ordre public, nous appelons aussi à la suspension de l'exécution de la décision dont nous faisons appel.

"La liberté de manifester fait partie de nos valeurs les plus fondamentales, mais elle n'est pas illimitée et ne pas empiéter sur les droits et libertés d'autrui", explique Robert Hårdh, directeur de l'ONG Civil Rights Defenders.

MRN est une organisation néo-nazie défendant une idéologie clairement anti-démocratique et violente. Elle a été fondée sur la croyance qu'il existe une supériorité raciale et sur la haine raciale, qui vise particulièrement les juifs. Une haine qui aura mené au cours du 20ème siècle à la persécution des juifs et à l'holocauste. Autoriser ce groupe extrémiste à marcher devant la synagogue en plein Yom Kippur constitue une violation de la liberté de religion et liberté d'association de la congrégation juive, des libertés garanties par la constitution suédoise et les conventions internationales.

Un danger pour les vies humaines

Il existe un risque, celui de voir la manifestation troubler l'ordre public et d'être en incapacité de garantir la sécurité physique des membres de la congrégation juive. La manifestation anti-juive provoque également un profond mal-aise au sein de la congrégation, certains de ses membres ayant connu la Shoah. En outre, cette manifestation constitue une infraction à la loi en elle-même, (incitation à la haine raciale) à l'encontre des personnes de confession juive, et la police est par conséquent tenue de l'interdire.

"Une autorisation de manifestation peut être levée et doit être refusée si la réunion représente un danger pour la vie et la santé de personnes. Compte tenu de la manière dont agissent les membres du Mouvement de résistance nordique agissent au cours de leurs rassemblements, et de leur historique en matière de violence, nous estimons que le risques d'incitation, de menaces et de violences sont imminents", poursuit Robert Hårdh.


Mise à jour : le 25 septembre, le Tribunal administratif de Gothenburg a annoncé que la manifestation du groupe MRN serait modifiée, avec un itinéraire plus court que celui prévu initialement. Cela signifie la requête de l'ONG a partiellement obtenu gain de cause.

"Cela représente une victoire car nous évitons de nous retrouver avec le cortège de néo-nazis qui défile à proximité de la synagogue", explique le directeur de l'ONG.

La décision du Tribunal administratif signifie que l'itinéraire est raccourci de manière significative et a été modifié, afin que la manifestation se tienne loin du lieu de culte. Cependant, la Cour n'a pas modifié la date de la manifestation. En outre, le juge n'a pas examiné déterminé si ce rassemblement constituait en lui-même un acte d'incitation à la haine raciale. La question n'a pas été traitée.

"Désormais, nous allons nous réunir avec les membres de la congrégation juive et analysé la décision de la Cour, avant de prendre une décision et potentiellement de faire appel de ce jugement. Cette décision comporte également d'autres aspects plus généraux, concernant, entre autres, la législation suédoise vis-à-vis du droit international, et sur lesquels nous devons prendre une décision quand à la manière dont nous allons procéder", conclut Robert Hårdh.