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Surpopulation carcérale en Italie : quand la justice alimente la surpopulation carcérale

À la suite de son travail de supervision des prisons du pays, réalisé lors du premier semestre 2017, l'ONG italienne Antigone alerte sur les mauvaises conditions de détention et la surpopulation carcérale.

par Ilaria Giacomi
L'ONG italienne, membre du réseau Liberties, a tenu une conférence de presse la semaine dernière, afin de présenter les avancées et les résultats de son rapport de supervision réalisé dans les prisons italiennes au cours du premier semestre 2017. Le rapport souligne l'inquiétante récurrence de vieux problèmes caractérisant les prisons italiennes: la surpopulation et les mauvaises conditions de détention.

Des prisons surpeuplées, encore

Depuis le début de l'année, le nombre de détenus a encore augmenté. Ils.elles sont aujourd'hui 57000 incarcéré.es en Italie, amenant le taux de surpopulation à 113,2%.

Dans de nombreuses prisons, la surpopulation entraîne une réduction de l'espace personnel des détenus, celui étant inférieur à 3 m2, le minimum autorisé pour éviter de contrevenir à l'Article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme, qui interdit les traitements inhumains et dégradants.

Ces nouvelles révélations sur l'espace réduit des détenus sont d'une grande importance, l'Italie s'étant déjà vu condamné en 2013 par la CrEDH en raison de sa surpopulation carcérale.

Une justice de marbre

Cette hausse constante du nombre de détenu.es s'explique notamment par la lenteur des procédures judiciaires en Italie et par l'usage très fréquent de la détention provisoire.

Ce rapport de mi-parcours se base principalement sur des visites déjà réalisées dans 53 pays depuis le début de l'année 2017. Ce travail de suivi montre que dans de nombreuses prison, les conditions de base de détention ne sont pas toujours garanties. En outre, les prisons italiennes possèdent un ratio gardiens/détenus très faible (1.7 détenu pour un gardien), et manquent cruellement d'éducateurs.

Les droits des détenus à l'éducation et au travail ne sont, eux aussi, pas toujours garantis. Même lorsque les détenus sont autorisés à travailler, ils le font dans le cadre du centre pénitentiaire et son administration et non pour des sociétés publiques ou privées externes, ce qui réduit fortement leur chances de trouver un emploi lors de leur remise en liberté.

Les détenu.es coupé.es de leur proches

Il en va de même en ce qui concerne les droits des détenus d'avoir des relations familiales : il leur est simplement impossible d'avoir accès à la technologie moderne en vue de communiquer avec leurs proches. Par exemple, seule une prison en Italie autorise ses détenus à parler à leurs proches sur Skype.

Voici donc le tableau d'ensemble des prisons de cette première moitié de 2017. Un tableau qui ne montre pas de réel progrès en ce qui concerne la protection des droits des détenus, et qui, au contraire, vient confirmer les mesures régressives déjà soulignées dans le rapport d'Antigone pour l'année 2016, judicieusement intitulé "La prison régresse".

L'ONG continuera son travail de suivi afin d'obtenir un aperçu global de la situation des prisons italiennes en 2017, qui sera utilisé en vue de mener des analyses statistiques significatives et d'élaborer le rapport annuel intégral.