En 2017, le taux de surpopulation carcérale continue de grimper en Italie

La hausse accablante de l'usage de la détention, dont la détention provisoire, rend les prisons surpeuplées en Italie, et la réforme tarde toujours à venir. Analyse du bilan 2017.

De plus en plus de détenu.es

2017 a vu une hausse importante du taux d'emprisonnement en Italie, après des années de déclin. Au cours des 12 derniers mois, le nombre de détenus a augmenté de 3000 et le taux de surpopulation carcérale a atteint 115% fin 2017, alors qu'il était de 108% en 2016.

Le nombre de personnes placées en détention provisoire a également augmenté, atteignant 35% alors qu'il était de 34,7 en 2016. Bien que ce nombre reste plus faible que celui enregistré en 2009 (37%), la comparaison avec les voisins européens est stupéfiante, la moyenne européenne se situant à 22%.

Le pourcentage de détenu.es non italien.nes reste stable (environ 34,2%), tout comme celui concernant les non-italien.nes placé.es en détention provisoire, aux alentours de 41%.

Patrizio Gonnella, président d'Antigone, ONG membre de Liberties, note toutefois qu' "en dépit de l'environnement d'intolérance et de haine qui existe en Italie aujourd'hui, nous observons une réduction du pourcentage d'étranger.es détenues dans les prisons italiennes par rapport à il y a dix ans".

Le nombre de détenues mères vivant avec leur enfant en prison est également à la hausse, malgré le nouveau programme de résidence surveillée qui a démarré l'an passé à Rome. Le problème des mères détenues en prison avec leur enfant semble manque d'une solution permanente, alors que le nombre de personnes concernées reste relativement faible : fin 2016, les prisons italienne comptaient en leur sein 34 mères vivant avec 37 enfants. Il s'agit aujourd'hui de 50 mères et 58 enfants.

Les données de l'Observatoire d'Antigone, entre ombres et lumières

Il est important de souligner les résultats de l'Observatoire d'Antigone sur les conditions de détention en Italie. Les visites effectuées dans 78 prisons italiennes montrent que dans sept d'entre elles (soit 9% du total), les cellules ne contiennent pas de chauffage, que 36 d'entre elles (46%) n'ont pas l'eau chaude, que quatre d'entre elles (5%) n'offrent pas de barrière de séparation entre les toilettes et le reste de la chambre. 31 prisons (40%) n'ont pas de directeur attitré, et dans 37 établissements (47%), aucun cours de formation professionnelle n'est dispensé. Quatre prisons ne peuvent pas garantir l'espace minimum de 3 mètres carrés, requis par la loi.

"Cette année aura été une année de lumière et d'ombre pour le système carcéral italien", ajoute M. Gonnella. "D'un côté, nous attendons la réforme du système, qui, nous l'espérons, se penchera davantage sur la dignité des détenus adultes et mineurs et améliorera les alternatives à la détention. D'un autre côté, et c'est là que demeurent les ombres de ce tableau, le taux de surpopulation carcérale est à la hausse et si aucune mesure n'est prise pour le contrôler alors nous pouvons arriver à une situation qui a mené au jugement de la Cour européenne des droits de l'homme en 2013, qui a vue l'Italie condamnée pour traitements inhumains et dégradants dans les prisons".