Opération Condor : la justice italienne condamne 24 personnes à la prison à vie

L'Opération Condor, campagne brutale d'enlèvements, assassinats et disparitions forcées ayant fait environ 60 000 victimes, s'est étalée sur des dizaines d'années a impliqué les armées et régimes dictatoriaux de six pays sud-américains.

Lundi 8 juillet, 24 personnes ont été condamnées à la prison à vie par un tribunal italien pour leur participation à l'Opération Condor, une campagne de répression politique et de terreur qui a secoué de nombreux pays d'Amérique du Sud entre 1968 et 1989.

Le procès est le premier de ce type en Europe et était axé sur les assassinats de 43 personnes, dont 23 citoyens et citoyennes italien.ne.s. L'ensemble des 24 accusés, à une exception près, ont été condamnés par contumace (en leur absence). Parmi eux, figurent par exemple l'ancien président du Pérou Francisco Morales Bermúdez, mais aussi l'ancien ministre des Affaires étrangères de l'Uruguay, Carlos Blanco.

Ils comparaissaient en justice pour les disparitions forcées et meurtres de 43 victimes, mais le nombre total de personnes disparues ou assassinées au cours de l'Opération Condor pourrait avoir atteint les 60 000. Des preuves tangibles provenant des bases de données confirme qu'au moins 496 opposant.e.s politiques ont été enlevé.e.s et assassinées au cours de l'opération.

Grâce à la déclassification de documents, nous savons à présent que de nombreuses victimes ont été assassinées de manière extrêmement violente. Peut-être l'un des récits les plus effrayants reste celui des "vols de la mort", où les victimes étaient droguées puis jetées dans l'océan, après parfois l'estomac fendu pour s'assurer qu'elle coulent ou qu'elles soient dévorées par les requins.

La justice, enfin

Mais les familles des victimes n'ont jamais abandonné l'espoir qu'un jour la justice leur soit rendue.

Et les procureurs travaillant sur cette affaire sont parvenus à leur rendre justice en vertu du principe de "justice universelle", établi à Londres en 2000 avec l'arrestation de l'ancien dictateur chilien Augusto Pinochet, l'un des grands artisans et cerveaux de l'opération Condor.

Bien que les crimes aient été commis dans les années 1970 et 1980, des documents disponibles depuis peu ont permis de donner suffisamment de preuves aux procureurs italiens en vue de porter des accusations contre 24 anciens hauts fonctionnaires de ces gouvernements.

"Il me faut souligner les immenses efforts menés par toutes celles et ceux impliqué.e.s dans cette affaire", explique Arturo Salerni, avocat ayant travaillé sur cette affaire et président de la CILD. "Je pense d'abord au Ministère de la justice, puis aux organisations de familles de victimes, qui ont apporté de grandes contributions, et enfin, aux nombreux juristes et chercheur.euse.s. Grâce à ces efforts, la vérité a été rendue publique."

Après des décennies d'impunité, une certaine forme de justice est désormais rendue aux familles des victimes. Une certaine forme de clôture de l'une des périodes les plus noires et atroces de l'histoire récente.

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