Fermeture du plus grand quotidien de Hongrie: une décision politique?

L'un des quelques journaux d'opposition restants en Hongrie, le quotidien de gauche Népszabadság, a fermé sans préavis. Le samedi, les journalistes ont été surpris de ne pas pouvoir rentré dans leurs locaux.
Le plus grand quotidien hongrois, Népszabadság, l'un des derniers médias indépendants du pays, a été fermé sans préavis de la part de son propriétaire.

Les journalistes ont été surpris samedi dernier de se retrouver enfermer à l'extérieur de leurs locaux et de ne pas pouvoir se connecter à leurs comptes en ligne. Selon eux, il s'agit d'un "coup" préparé à l'avance contre eux, alors que le propriétaire affirme qu'il s'agit au contraire d'une décision commerciale prise depuis longtemps contre le journal et ses mauvaises performances. Le propriétaire a officiellement interrompu la rédaction et publication du journal et a dit être entré en négociation avec la rédaction.

"Fermer le journal de cette manière constitue une attaque contre la liberté de la presse en Hongrie. Les anciens employés du Népszabadság ont partagé de nouveaux articles de journalisme d'investigation sur la corruption au sein du gouvernement et de la banque nationale de Hongrie, qui ont pu directement entraîné la fermeture du journal", a déclaré Éva Simon, une experte de la liberté d'expression.

La fermeture du quotidien et de son site internet www.nol.hu signifie que toutes les archives du journal ne sont plus disponibles en ligne (une valeur ajoutée conséquente pour le gouvernement).

Une attaque contre la liberté de la presse

Mediaworks avait acheté Népszabadság en 2014, un achat majoritairement vu comme le présage d'un rachat d'investisseurs pro-gouvernements hyperactifs sur le marché des médias hongrois.

Les critiques affirment que l'investisseur autrichien a agit sous la pression politique et que la décision de fermer le quotidien intervient au lendemain de la révélation d'une série de reportage par le journal portant sur la corruption au sein du gouvernement et le référendum sur le quota des migrants.

Journalists were surprised early Saturday when they were shut out of the office.

Les partis d'opposition et les organisations en Hongrie ont déclaré que cette décision apporte la preuve irréfutable que le gouvernement d'Orbán a tenté à plusieurs reprises de supprimer la liberté de la presse et d'avoir la main mise sur cette dernière. Le government a déjà réussi à transformer la société de radiodiffusion publique MTVA en un porte-parole partial du gouvernent.

Les ONGs et les militants de la liberté de la presse s'accordent à dire que le journal Népszabadság est victime d'une manoeuvre politique.

Comment le quotidien Népszabadság en est-il arrivé là?

La Fondation de la presse libre du Parti socialiste hongrois possédait 28% du journal jusqu'en 2015. Depuis 1990, le journal avait deux propriétaires majoritaires: l'allemand Bertelsmann puis le suisse Ringier. Suite à la fusion Ringier-Axel Springer, le Conseil des médias créé par le parti conservateur Fidesz, a obligé Ringier à vendre Népszabadság. En 2014, la société autrichienne Mediaworks, détenue par Heinrich Pecina, a acheté le journal.

Depuis des mois, des rumeurs courent selon lesquelles le premier ministre hongrois Viktor Orbán négociait en personne avec Pecina et que la propriété du journal pouvait revenir à son homme fort favori, le maire de sa ville d'origine (Flecsut). Aucune information officielle n'a cependant été communiquée quant à la propriété du journal.

Afin d'illustrer le cynisme du gouvernent hongrois (qui a refusé de faire une déclaration officielle sur la fermeture du journal), l'un des vice-présidents du parti hongrois Fidesz, Szilárd Németh, a déclaré qu'il "était temps que le Népszabadság ferme. C'est mon opinion".

L'Union civile des libertés hongroise et Éva Simon, l'experte de la liberté d'expression de Liberties.eu sont prêts à offrir une assistance juridique aux journalistes du comité de rédaction.