Comment exercer nos droits humains pour récupérer nos libertés après la crise du coronavirus

La plupart d'entre nous acceptent de laisser le gouvernement suspendre temporairement nos libertés, à condition que cela contribue à freiner la propagation du coronavirus. Mais les droits humains nous donneront aussi les moyens de récupérer nos libertés.

Quand nous donnons aux représentants politiques la permission de gouverner, nous espérons qu'ils feront de leur mieux pour l'ensemble de la population. Dans les mois à venir, nos sociétés vont traverser l'épidémie de coronavirus et tenter de trouver des solutions face à la crise que cela engendre. Nous nous attendons à ce que les gouvernements utilisent les pouvoirs que nous avons remis entre leurs mains pour nous protéger et donner à chacun.e d'entre nous le soutien dont il.elle a besoin. Parfois, nos gouvernements doivent demander au grand public de suspendre certaines de nos libertés. Cela est le cas uniquement lorsque ce dernier est en danger. C'est ce que l'on appelle l'état d'urgence.

De quelles libertés parlons-nous ?

Nous sommes des personnes sociales. Nous aimons voyager, circuler, rencontrer des amis et des proches, aller voir des concerts, des événements sportifs, nous rendre sur notre lieu de culte ou au travail. Et c'est pour cela que nous avons tou.te.s plusieurs droits humains, dont la "liberté de mouvement" et le "droit de réunion". Mais si nous exerçons ces deux libertés en temps de pandémie, alors nous contribuons à accélérer la propagation du virus, et par extension à saturer nos services de santé.

Chacun.e de nous veut aussi son propre espace personnel. Nous l'utilisons pour partager des opinions, lire l'actualité ou nous rendre là où personne ne nous regarde. C'est pourquoi nous disposons d'un droit fondamental qui est celui du respect à la vie privée. Ce dernier nous permet de protéger nos données personnelles, de les garder pour nous. Chacun.e de nous utilise internet et les téléphones portables, et nous laissons d'immenses quantités d'informations en ligne. De nombreux gouvernements veulent s'emparer de ces données et les utiliser pour savoir qui est infecté.e, où ils.elles sont allé.e.s, et afin de savoir si les individus restent bien chez eux.

En quoi les restrictions des libertés sont problématiques ?

Parfois, les gouvernements vont trop loin dans la limitation de nos libertés ou encore ils continuent d'appliquer ces limitations au-delà des périodes nécessaires ou des délais fixés. Nous avons vu cela avec les états d'urgence proclamés dans plusieurs pays frappés par le terrorisme ces dernières années. De nombreux gouvernements avaient en effet donné aux services de renseignements et services de sécurité les pouvoirs en vue de nous espionner, d'interdire les manifestations et d'arrêter des individus sans preuve. Et aujourd'hui, bon nombre de ces restrictions sont encore en cours. Sans compter que ces mesures n'étaient, en fin de compte, pas efficaces dans la prévention du terrorisme ou dans sa "répression".

Actuellement, les gouvernements de l'UE nous prennent nos données personnelles pour savoir où nous sommes allés et suivre nos mouvements, entres autres. Cela pourrait s'entendre, si les informations personnelles étaient uniquement utilisées pour lutter contre le Covid-19, qu'elles étaient ensuite supprimées après un court délai et que la pratique cessait à la fin de l'épidémie. Le niveau d'invasion de nos vies privées serait maintenu à un minimum, et cela pourrait aider à sauver des gens. Mais certains gouvernements de l'UE demandent à des opérateurs de téléphonie de remettre les données qu'ils possèdent sur nous sans aucune des limites sécuritaires citées plus haut. Nous ignorons combien de temps les gouvernements garderont ces données et s'ils mettront fin à leur collecte une fois la crise passée.

De nombreux gouvernement, comme ceux du Royaume-Uni, de l'Italie et de la France, ont aussi adopté des lois qui autorisent la police à arrêter les individus qui se réunissent en public ou sont suspectés d'être porteurs du virus. Au Royaume-Uni, ces pouvoirs seront maintenus pendant deux ans (soit une période bien plus longue que la période nécessaire). En Italie et en France, ces pouvoirs doivent être réactivés de manière mensuelle ou bi-mensuelle.

Comment récupérons-nous nos droits ?

Imaginez une nouvelle loi qui autorise la police à réquisitionner votre voiture pour délivrer des médicaments qui sauveraient des vies. Vous seriez sans doute heureux.euse de pouvoir aider. Mais n'aimeriez-vous pas avoir la garantie de pouvoir récupérer votre voiture dès que possible ? Et la garantie que la police n'utilise pas votre voiture pour autre chose, comme partir en voyage ou aller voir la mer ? Vous aimeriez aussi sans doute savoir qu'il serait possible pour vous de vous tourner vers un juge indépendant pour s'assurer de tout cela. Et bien, c'est la même chose pour nos libertés, comme le respect de notre vie privée, notre liberté de mouvement ou notre droit de réunion.

C'est aussi la raison pour laquelle nous avons un autre droit humain qui est celui du droit à un procès équitable. C'est le travail des tribunaux indépendants de contrôler les gouvernements quand ils restreignent nos libertés. Les juges s'assurent que nos dirigeant.e.s ne nous prennent pas plus que ce dont ils ont réellement besoin. Ils s'assurent aussi que nous récupérons nos libertés dès que les gouvernements n'en ont plus besoin. Et il en va de même pour nos représentants au parlement ou à l'assemblée. Nous avons le droit (humain) de choisir nos parlementaires en votant lors des élections. Et c'est leur devoir de s'assurer que les ministres ne restreignent pas trop de libertés ou sur des périodes trop longues. Dans de futurs articles, nous expliquerons dans quelle mesure nous dépendons aussi de journalistes indépendants et d'activistes d'organisations ou associations de défense et promotion des droits pour s'assurer que les ministres n'abusent pas de leurs pouvoirs.

Dans des pays qui, comme la Hongrie, ne possèdent pas de tribunaux indépendants ou d'élections justes, ou encore dans des pays où le gouvernement contrôle la plupart des médias et attaque les activistes, il est plus difficile d'exercer nos droits en vue de récupérer nos libertés. Le gouvernement hongrois semble utiliser l'épidémie de Covid-19 comme une excuse pour prendre encore plus de mesures favorables à l'établissement d'une dictature. Par exemple, le Premier ministre, Viktor Orbán, veut faire adopter une loi qui autoriserait le gouvernement à emprisonner les journalistes qui critiquent le gouvernement. Malheureusement, l'Union européenne ne fait pas grand chose pour protéger la démocratie dans ce pays. C'est pourquoi il est important pour chacun.e de nous de comprendre, utiliser et défendre les droits et libertés que nous avons à notre disposition.