La manipulation politique et médiatique responsable d'une émeute dans un camp de réfugiés en Bulgarie

Des partis d'extrême droite et quelques médias ont créé un véritable climat de peur en diffusant des rumeurs de maladies dangereuses se trouvant à l'intérieur du plus grand camp de réfugiés du pays, ce qui a entraîné le déclenchement d'une émeute.
La manifestation qui s'est tenue dans le camp de Harmali, en Bulgarie, le 24 novembre dernier, s'est transformée en émeute qui a été maîtrisé par plus de 300 agents de police.

Ce soulèvement a été provoqué par la récente mise en quarantaine imposée par l'Agence publique pour les réfugiés (APR), qui craignait la propagation de maladies à l'intérieur du camp et au sein des populations voisines.

Au cours de cet incident, de nombreux demandeurs d'asile ont détruit des biens et jeté des pierres en direction d'agents de police, qui ont répondu à coup de cannons à eau et de matraque. Plusieurs policiers et réfugiés ont par ailleurs été blessés lors de ces affrontements, dont un adolescent de 15 ans qui souffre de plusieurs fractures crâniennes.

De nombreuses questions se posent

Au lendemain de cette émeute, le Comité d'Helsinki de Bulgarie se pose cette question: "à qui profite cette escalade?"

Qui a faire courir des rumeurs et de fausses informations à propos des risques d'infection et de propagation de maladies, alors que l'Inspecteur en chef de la Santé de Bulgarie avait déclaré de manière catégorique qu'un tel risque pour la population de la ville d'Harmanli n'existait pas?

Qui a forcé l'APR de fermer l'ensemble du camp de réfugiés, d'enfermer les réfugiés, alors que la quarantaire aurait pu être imposé à certaines sections ou à certains individus du camp et non à son ensemble? Pourquoi les autorités ont-elles envoyé un ultimatum demandant la mise en quarantaine immédiate du camp, sans aucune préparation?

Pourquoi aucun membre du personnel de l'APR, ni des représentants d'ONG ou des bénévoles travaillant dans le camp n'étaient présents sur place pour expliquer aux demandeurs d'asile pourquoi la cour était sécurisée avec des fils barbelés et pour leur donner des informations sur la durée de l'opération?

Des provocateurs "patriotiques"

Le ministère de l'Intérieur ainsi que l'APR ont tous deux déclaré qu'ils trouveraient ceux qui ont provoqué ces incidents. Il est cependant dans l'intérêt de la justice de chercher ces "provocateurs" dans les représentants des partis d'extrême droite dits "patriotiques".

Ces partis ont tenu des manifestations contre les réfugiés partout dans le pays, et, dans ce cas, ils étaient en mesure de parler "au nom" de toute la population de la Harmanli et du pays.

Dans quelle mesure cette manipulation a-t-elle été orchestrée dans le style des meilleures mises en scène totalitaires? Il existe de nombreuses réponses possibles, mais voici les principales:

  • Les élections approchent. Certains partis qui ne comptent que sur la rhétorique anti-immigrants, xénophobe et fasciste ont besoin d'accumuler de la confiance au sein de l'électorat. Et pour ce faire, quoi de mieux qu'à travers un soulèvement contrôlé avec peu de "sang" mais beaucoup d'attention médiatique?
  • La Bulgarie a récemment reçu 160 millions d'euros, dont la plupart est donné à l'APR afin de mettre en place des mesures strictement nécessaires pour l'amélioration des établissements d'accueil et des sordides conditions de vie de leurs résidents. De ce point de vue, il y a sans doute une pression significative pour que les directions des camps démissionne et que d'autres personnes proches de certains partis politiques y soient nommés afin d'absorber ces fonds.