Les journalistes croates manifestent contre les intimidations

Samedi 2 mars, l'Association des journalistes croates organise une marche pour la liberté de la presse. Le mot d'ordre : "vous vous emparez des médias, on ne vous donne pas le journalisme".

La manifestation est organisée par l'Associations des journalistes croates (HDN) en réponse à de nombreuses procès visant des journalistes et des médias, aux pressions politiques et aux pressions publicitaires, aux menaces proférées contre les journalistes, au danger visant les droits professionnels de ces derniers, au non respect des lois sur les médias et à l'absence d'une politique médiatique sérieuse.

Les journalistes croates face aux intimidations et condamnations

Actuellement, 1160 procédures judiciaires sont en cours pour des atteintes à l'honneur et à la réputation contre de journalistes et médias, et des millions de kuna sont réclamés en dommages et intérêts. La radiotélévision croate (HRT), qui, en théorie, est un média public, financé par le budget de l'état et fonctionnant avec des abonnements obligatoires, poursuit en justice 36 journalistes et médias et demande plus de 2,2 millions de kuna d'indemnités.

Le code pénal prévoit pour les journalistes des amendes qui peuvent atteindre le niveau de leur salaire annuel, même en cas de publication d'informations exactes et fiables. Les poursuites pénales sont souvent utilisées comme un moyen d'intimider les journalistes et de leur faire comprendre qu'ils ne peuvent pas couvrir n'importe quel sujet en toute liberté.

De plus, les règles internes de nombreux médias interdisent aux journalistes de parler publiquement des pressions et limitations de leur liberté dans leur propre domaine, sans le consentement de leurs supérieur.e.s. Ces types de réglementations sont inconstitutionnelles.

L'opposition, la société civile et des célébrités affichent leur soutien

Selon le HND, ces dix dernières années, plus de la moitié des journalistes du pays ont perdu leur emploi. Il y a trois ans de cela, le seul soutien institutionnel pour les médias à but non lucratif a été aboli, ce qui a conduit 200 journalistes à perdre leur travail. Les emplois qui ont été conservés sont précaires.

À la lumière de ces préoccupations, le HDN formule huit demandes, en amont de la manifestation :

  1. Cesser d'utiliser les poursuites judiciaires comme des moyens d'intimidations à l'encontre des journalistes.
  2. Assurer la protection des journalistes qui signalent publiquement les pressions dont il sont victimes.
  3. Assurer la dépolitisation du Conseil des médias électroniques.
  4. Changer la direction du HRT et modifier la loi qui régit la nomination des dirigeants.
  5. Assurer l'application de la Loi sur les médias et les statuts médiatiques.
  6. Empêcher la police locale de faire pression sur les médias.
  7. Arrêter et poursuivre en justice les personnes qui agressent les journalistes.
  8. Encourager le soutien du public pour un journalisme de qualité

De nombreuses figures publiques, organisations et groupes politiques soutiennent la protection des journalistes croates. Le 18 février, un boycott de la chaîne HRT a été lancé, organisé par 30 organisations de la société civile et rejoint par des célébrités et partis politiques.