En Italie, trop d'enfants vivent encore derrière les barreaux

Les centres de détention ne sont pas des lieux pour les enfants. Pourtant, dans les prisons italiennes, ils sont 60 à vivre auprès de leur mère détenue.

Conformément au droit italien, les mères détenues peuvent garder avec elles leur enfant jusqu'à l'âge de trois ans. Après cette limite d'âge, les enfants doivent quitter la prison et sont confiés à l'autre parent, à un proche ou en dernier recours aux services sociaux. Cette disposition garantit le droit des détenues ayant des enfants d'être mamans, et au enfants le droit de grandir auprès de leur mère, au moins jusqu'à leurs trois ans. En revanche, cela implique que l'enfant concerné doit passer cet âge délicat de sa vie dans un environnement carcéral malsain.

Un environnement inadapté

À l'heure actuelle, on compte 60 enfants âgés de 0 à 3 ans dans les prisons italiennes. Cependant, nous entendons rarement parler d'eux.elles. Récemment, nous avons appris qu'un enfant âgé d'environ 12 mois, vivant dans la prison de Messina auprès de sa mère, a failli mourir après avoir ingéré accidentellement du poison à rat. La prison avait été infestée par des souris et un fonctionnaire de police avait pris l'initiative de mettre le poison dans la section de l'établissement où l'enfant et la mère vivent. Cela constitue bien sûr un exemple extrême, mais il montre bien la dangerosité et l'inadéquation des conditions dans lesquelles ces enfants malchanceux doivent passer les premières années de leur vie.

Afin d'éviter cela, plusieurs associations de bénévoles, aux côtés d'institutions politiques et judiciaires, ont ces dernières années travaillé dur en vue de trouver des alternatives solides à l'incarcération des enfants (sans que soit interrompue la relation avec les parents). Grâce à ces efforts, en 2001 la Loi du 8 mars a été approuvée, celle-ci apportant des changements à l'ancienne réglementation, favorisant la mise en place de nouveaux mécanises visant à faciliter l'accès aux mesures alternatives pour les détenues femmes ayant de très jeunes enfants.

Néanmoins, les mesures alternatives prévues par la loi sont seulement accessibles à certaines catégories de détenues mères, notamment aux femmes qui ne présentent aucun risque de récidive et qui peuvent démontrer la réelle possibilité d'un rétablissement de la cohabitation avec leur enfant. Ainsi, de telles conditions excluaient-elles toutes les femmes aux marges de la société, comme les femmes incarcérées pour avoir commis des infractions liées à la consommation ou vente de drogues. De même, le placement en résidence surveillée n'est pas accessible aux femmes étrangères qui n'ont pas de domicile fixe et dont le destin, ainsi que celui de leur enfant, est par conséquent de rester enfermée dans une cellule de prison.

La marche à suivre

Une autre réforme a été instaurée en 2011. Cette nouvelle loi a intégré la possibilité, sauf dans les cas où la détention est jugée absolument nécessaire, pour les femmes avec un enfant de purger leur peine dans un Institut de détention atténuée pour détenues mères (IDADM). Cela visait à permettre aux mères de vivre avec leur enfant jusqu'à l'âge de six ans. Il existe également ce que l'on appelle des Résidences pour familles protégées, où les femmes n'ayant pas de domicile stable peuvent purger des peines en résidence surveillée.

Les IDADM sont des établissement de l'administration carcérale établis en 2007, sur la base d'une expérimentation. Ces instituts sont conçus de sorte à ne pas ressembler à des prisons traditionnelles : les agents et gardien.nes portent des vêtements normaux, les systèmes de sécurité ne sont pas reconnaissables des enfants et les structures ressemblent à des environnements familiers. Cependant, en dehors de leur apparence, les IDADM restent des infrastructures d'enfermement, et ne représentent donc pas des alternatives à la détention. Ils sont souvent situés près des vrais prisons et loin du tissu urbain. S'ils ne ressemblent pas physiquement à de vrais prisons, ces instituts restent des lieux de privation de liberté visant à détenir des individus.

Les Résidences pour familles protégées, une alternative solide

Les Résidences de familles protégées représentent quant à elles une alternative valide à la détention des enfants. Il s'agit de vrais appartements, sans barreaux ou clôture, intégrées au tissu urbain, disposant d'espaces de jeux, de lieux pour les activités éducatives, pour les soins médicaux et pour les visites des proches et parents. Dans ces résidences, les détenues ont plus de chances de se comporter comme de vraies mères. Par exemple, elles sont capables d'amener leurs enfants à l'école et de jouer avec eux.elles dans le jardin extérieur.

La loi de 2011, néanmoins, ne prévoit aucun financement pour ce type de résidences, qui, contrairement aux IDADM, ne relèvent pas de l'administration carcérale et sont par conséquent gérées par les autorités locales.

Jusqu'à présent, une seule Résidence pour familles protégées a ouvert ses portes, à Rome en juillet 2017. Avec la mise en place de 5 ou 6 autres résidences, tous les enfants vivant actuellement en prison pourraient être hébergés auprès de leur mère dans des infrastructures beaucoup plus adaptées à leurs besoins. Mais cet objectif est encore bien loin d'être réalisé.