La fin de l'histoire : nous ne n'y sommes pas (encore)

Il y a presque 30 ans, un écrivain affirmait que les démocraties libérales occidentales avaient pris le dessus sur toute autre forme de société humaine. Et pourtant, l'actualité tend à nous prouver le contraire.

Il y a 29 ans, Francis Fukuyama, le célèbre chercheur en sciences politiques, historien et économiste, encore relativement méconnu à l'époque, avait publié un essai dans une petite publication de Washington, intitulé l'Intérêt national. Son autre essai, "La fin de l'histoire", l'avait rendu immensément célèbre. Il y avançait notamment que nous vivions "le dernier stade de l'évolution idéologique de l'humanité et l'universalisation de la démocratie libérale occidentale comme la forme définitive des gouvernements humains". Le triomphe de l' "idée occidentale" est évidente étant donné que les concurrents idéologiques du libéralisme sont morts ou sont en train de mourir.

Une "forme supérieure" de société humaine ?

Quand son bestseller, "La fin de l'histoire et le Dernier Homme" (1992), avait été publié quatre ans plus tard, l'Union soviétique était déjà tombée. Et le point d'interrogation à la fin du titre de cet ouvrage avait lui aussi disparu... L'histoire venait de se terminer donc. Les démocraties libérales occidentales avaient gagné. Cela ne voulait cependant pas dire, pensait Fukuyama, que toutes les sociétés deviendraient des sociétés démocratiques libérales. Mais toutes abandonneraient "leur prétentions idéologiques de représenter des formes différentes et supérieures de société humaine."

29 ans plus tard, il est plutôt clair que Fukuyama était beaucoup trop optimiste. L'histoire semble s'être détournée du chemin tout tracé qu'elle était censé suivre. Ce n'est pas que les pays qui se démocratisaient n'ont pas fait de progrès suffisants dans leur adoption d'institutions libérales. Ils ont commencé à mépriser activement ces institutions. Et ils ont commencé à affirmer qu'ils connaissaient quelque chose de bien mieux. Quelque chose, qui, en effet, était une forme de société humaine différente et supérieure.

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Ceux qui ont continué d'adopter le modèle démocratique occidental sont devenus des ennemis. Les démocrates antilibéraux (comme ils aiment s'appeler, alors qu'en fait, ce ne sont rien d'autres que des démocrates), ont toujours besoin d'ennemis. Ils créent et alimentent sans relâche les divisions dans la société. Ils vous disent que celles et ceux qui croient en l'indépendance de la justice, en la liberté de la presse, en l'état de droit et toutes ces "choses", ne sont pas seulement l'opposition : ce sont des traîtres. Ils ne sont pas disposés à accepter ce que la majorité du pays veut, mais veulent suivre le propre voie, et à leur manière. Et leur manière consiste bel et bien à vendre votre pays à Satan en personne.


Cesser de se battre pour ouvrir le dialogue

Cette manière n'est pas correcte, elle est inacceptable. Elle est inacceptable, pas seulement parce qu'elle est fausse. Elle est aussi inacceptable parce que toutes formes de coopération pacifique requièrent un consensus social de base. En vue de coopérer pacifiquement, nous devons apprendre à nous parler. Nous devons être capables de trouver un accord sur ce qui constitue un argument et ce qui n'en est pas un. Et nous devons défendre nos positions et tenter de convaincre l'autre camp que si notre position n'est peut-être pas celle qu'ils pourraient complètement adopter, elle est tout au moins sensée et cohérente. Pour nous tou.t.e.s, c'est tout simplement une mauvaise chose d'avoir constamment à se battre. Économiquement parlant, cela ne nous apporte rien, et cela n'améliore pas notre bien-être général.

Dans "La fin de l'histoire?", Fukuyama avance que "la fin de l'histoire sera une époque d'une grande tristesse". La lutte pour la reconnaissance, la volonté de risquer sa vie pour un but purement abstrait, l'idéologie mondiale qui appelle à l'audace, au courage, à l'imagination et à l'idéalisme, seront remplacées par des calculs économiques, la résolution sans fin de problèmes techniques, les préoccupations environnementales, et la satisfaction des demandes sophistiquées des consommateurs". Il affirme aussi qu'il ne peut que ressentir de la nostalgie pour l'époque où l'histoire existait.

Je ne peux que sentir de la nostalgie pour l'époque à laquelle elle s'est terminée.

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